Dossier de l’assassinat d’« Aimée Kabila » : les interrogations de la Monuc

Gravement citée dans l’affaire de Mme Aimée « Kabila » Mulengela pour avoir refusé de lui accorder la protection au moment où elle se sentait menacée, la Monuc tente, depuis que l’affaire a été révélée à l’opinion la semaine dernière, d’approfondir ses investigations pour en savoir un peu plus sur cet assassinat qui suscite beaucoup d’émotion dans l’opinion.
Selon des informations dignes de foi parvenues au Phare, c’est dans ce cadre qu’une équipe de la Division des Droits de l’homme de la Monuc (HRD), a effectué une descente sur les lieux du crime mercredi dernier. Un déplacement qui a permis aux enquêteurs de la Monuc d’obtenir la confirmation que la victime a été tuée par deux hommes, dont l’un portait l’uniforme militaire. Un ordinateur, des téléphones portables ainsi que d’autres biens ont été volés à la même occasion. Les enquêteurs de la Monuc ont regretté le fait que le service de la médecine légiste de l’hôpital dans lequel le corps de la victime avait été admis ait refusé de décliner son identité, prétextant qu’il n’en avait pas l’autorisation.

La version recueillie sur les lieux du crime par les enquêteurs de la HRD recoupe pour l’essentiel celle déjà rendue publique par la plupart des ONG qui ont eu à dénoncer cet acte horrible. Ainsi le fait que la victime avait tenté de se cacher dans la salle de bain après avoir été touchée par la balle mortelle, que la police est arrivée tard sur les lieux, que les autorités tant judiciaires, militaires que des services de sécurité ont gardé un silence aussi curieux que surprenant. Dans leurs investigations, les agents de la HRD ont également appris que peu avant le jour fatidique, la victime avait effectué un voyage en Chine, probablement au Canada aussi et de manière indiscutable à Lubumbashi. A cette époque, elle avait indiqué à des responsables de la Monuc qu’elle n’avait plus aucun problème avec la famille Kabila.

Eléments troublants
Alors que tout, selon les apparences, penche vers un crime crapuleux, la HRD relève cependant, selon les résultats de ses premières investigations, un certain nombre d’éléments pour le moins troublants sur lesquels elle estime qu’il va falloir approfondir l’enquête avant d’exclure définitivement toute hypothèse d’une exécution délibérée. Elle rappelle à cet effet que la victime avait été détenue en 2006 et avait, à l’époque, demandé la protection de la Monuc. Sur la base des premiers témoignages, les éléments troublants relevés par les enquêteurs de la Monuc sont les suivants. 1 : Selon plusieurs témoignages, on aurait entendu les assassins dire : « Nous avons rempli notre mission » (We have done our job) après avoir tiré sur la victime. Une déclaration qui reste bien entendu à confirmer, précise la HRD. 2 : Mme Aimée Kabila Mulengela est la seule, sur un total de huit personnes présentes dans la maison, à avoir été tuée. 3 : Après être entrés dans une maison voisine avant le forfait, les criminels auraient déclaré : « Ce n’est pas la bonne maison » (We have entered the wrong house), une façon de dire qu’ils étaient à la recherche d’une cible bien définie. Evidemment, la HRD précise que seule l’enquête permettra de confirmer ces allégations. 4 : A confirmer aussi, selon la HRD, le fait que des militaires ont été aperçus dans le voisinage de la maison d’Aimée Kabila durant les faits mais ne sont pas intervenus. 5 : Enfin, l’incroyable absence de réaction des services de sécurité.

Enquête

Selon toujours des sources onusiennes, l’enquête de la HRD va se poursuivre dans les jours à venir, notamment pour vérifier si Aimée Kabila Mulengela était effectivement ou non la fille de Laurent Désiré Kabila, si elle a été tuée par des militaires et pourquoi. En attendant, la HRD confirme que la victime avait à plusieurs reprises demandé la protection de la Monuc, que M. William Swing était saisi de son cas, de même que plusieurs ONG congolaises des droits de l’homme ainsi que Human Rights Watch.
La HRD indique par ailleurs qu ‘elle avait commencé à suivre le cas d’Aimée Kabila depuis qu’elle avait découvert sa détention au cours d’une visite de routine. Selon les enquêteurs onusiens, la victime avait été détenue à « Kin Mazière » après son arrestation le 30 décembre 2005. Elle y était restée 56 jours sans inculpation avant d’être relâchée sur intervention de la HRD.
Autre détail : Aimée Kabila était aussitôt passée dans la clandestinité avec ses cinq autres enfants, déclarant redouter davantage de violences après une dispute familiale. Son compte bancaire en RDC avait été bloqué, selon ses dires, sa maison et ses biens confisqués. Pour la HRD, Aimée Kabila n’a jamais été claire sur l’objet de la dispute familiale et a souvent présenté des versions contradictoires chaque fois qu’elle était interrogée par les agents de la HRD. Celle-ci confirme avoir évoqué à plusieurs reprises le cas d’Aimée Kabila avec les autorités judiciaires, de la police et de l’armée, notamment sa détention arbitraire, la disparition de son bébé arraché durant son arrestation ainsi que les menaces de violences dont elle disait être victime. Toutes ces autorités ont toujours réagi de la même manière, affirme la HRD, en déclarant qu’elles obéissaient aux ordres.
La Division des Droits de l’Homme de la Monuc rappelle enfin qu’en juillet et septembre 2006, Aimée Kabila avait demandé de rencontrer M. Swing, mais sa démarche avait été rejetée. Ce qui avait amené la victime à menacer de déballer la Monuc dans les médias pour ce qu’elle considérait comme un refus du représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU. Après une longue période de silence, la défunte avait réapparu en novembre 2007 à la Division des Droits de l’Homme, réclamant à nouveau de rencontrer M. Swing. C’était son dernier contact avec la Monuc.

2008-01-22
Le phare/KGM
 


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