RDC: fin de campagne sous tension au lendemain de heurts meurtriers
27 octobre 2006



  Mokonzi ya mboka ye wana ndé, IGWE

La campagne pour le second tour dimanche d'une élection présidentielle cruciale en RDC, ternie jeudi par des accrochages meurtriers entre partisans du sortant Joseph Kabila et du vice-président Jean-Pierre Bemba, s'achève vendredi dans un climat délétère

Le calme régnant à Kinshasa vendredi matin cachait mal la tension ambiante, alors qu'en province les incidents, quasi-quotidiens depuis le lancement de la campagne du second tour mi-octobre, se sont soldés jeudi par la mort d'au moins cinq personnes.

À Kinshasa, «la situation est très calme, même si la psychose ne fait qu'augmenter», a déclaré vendredi à l'AFP le porte-parole adjoint de la Mission de l'ONU en RDC (Monuc), Jean-Tobie Okala.


«Nous lançons une fois de plus un appel à la population à ne pas céder à la panique et nous attendons le même appel des deux candidats en lice à leurs sympathisants», a-t-il ajouté.

Quelques incidents isolés - caillassages, bagarres... - ont été signalés dans les quartiers populaires de Kinshasa, mais rapidement circonscrits.

L'évènement attendu de vendredi, le meeting que devait tenir Jean-Pierre Bemba dans un stade de Kinshasa, a été annulé «pour des raisons de sécurité» et sera remplacé par «des caravanes motorisées» qui sillonneront la capitale dans l'après-midi.

«Nous avons eu des informations sur des troubles qui allaient être fomentés aux entrées du stade» Tata Raphaël, a expliqué à l'AFP Fidèle Babala, directeur de cabinet de M. Bemba.

Ce rassemblement suscitait l'inquiétude des observateurs, alors que fin juillet, quatre personnes avaient été tuées lors de violences en marge d'un meeting de M. Bemba dans le même stade.

La Monuc et la force européenne Eufor, déployée à Kinshasa, ont affirmé n'avoir prévu aucun dispositif sécuritaire particulier vendredi.

En province, la tension restait palpable vendredi.

À Gbadolite (nord-ouest), un élément des troupes de Jean-Pierre Bemba et trois policiers ont été tués jeudi dans des tirs, qui ont éclaté quand Nzanga Mobutu, fils de l'ex-dictateur zaïrois et allié du président Kabila, est entré dans des circonstances peu claires dans les locaux de Radio Liberté, propriété de M. Bemba.

M. Mobutu est resté bloqué jusqu'à vendredi matin dans les locaux encerclés par les forces de M. Bemba, avant d'être extrait et conduit à l'aéroport de Gbadolite. On ignorait où il se trouvait à la mi-journée.

À Lodja (centre), un militant pro-Bemba est mort poignardé lors d'un différent avec des membres du clan Kabila, déclenchant une vague de violence et l'incendie de radios locales proches du président.

«Les affrontements se sont poursuivis toute la nuit», a rapporté vendredi midi la Radio Okapi, parrainée par l'ONU, ajoutant que la police tentait de rétablir l'ordre et que toutes les activités étaient paralysées dans la ville.

À Kamina (sud-est), «quatre maisons ont été incendiées jeudi soir» par des partisans de M. Kabila, a déploré vendredi Abedi Salumu, coordonnateur local de la plate-forme politique de M. Bemba.

«Nous sommes dans l'insécurité totale. Il n'y a aucune affiche de Bemba ici, aucun tee-shirt, aucun portrait. Même les témoins ont peur de se déployer dimanche dans les bureaux de vote», a-t-il déclaré à l'AFP.

«Ce n'est vraiment pas ça la démocratie, empêcher les autres de faire campagne», a-t-il ajouté, indiquant qu'il se trouvait actuellement sous la protection de la police.
La campagne s'achève officiellement vendredi à minuit. Les frontières du pays seront fermées de samedi minuit à dimanche minuit, a-t-on indiqué au ministère de l'Intérieur à Kinshasa.

Plus de 80 000 policiers assureront la sécurisation des bureaux de vote, et les militaires seront cantonnés pour la journée de scrutin.

Aymeric Vincenot
Agence France-Presse

 



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