Pensez que Jean-Pierre Bemba Gombo sera Président!

Ceux qui pensent que Jean-Pierre Bemba a surpris n’ont pas compris son jeu dès le départ. Les plus avertis l’ont vu venir depuis le début. Avec une vision et une ambition, apparentes dans son regard perçant,  de conquérir le pouvoir d’Etat. Son courage politique y a donné une double dimension. Avant même que nul n’ose mettre les pieds à Goma et Bukavu redouté sous prétexte d’être encore infestés par le spectre de Kigali, Bemba a fait le voyage au péril de sa vie. Rien d’autre n’a pu déterminer une telle prise des risques que la volonté de matérialiser la réunification avec l’idée de prendre soi-même les rênes du pouvoir une fois le sacerdoce accompli. Première étape: Bukavu. 

Appel prémonitoire

Bemba y a été reçu en prince. Les autochtones sont allés jusqu’à le revêtir d’une peau de bête, en signe de son intronisation. C’est dire que cette partie Est que certains disent conquise n’a pas encore dit son dernier mot. Rien de surprenant si au deuxième  tour, elle se souvenait de qui est allé la consoler le premier quand elle était affligée. Surtout que les Bukaviens se rappellent encore l’appel à la réconciliation nationale qu’ils ont entendu de la bouche de Bemba soucieux que les Congolais oublient leurs différences après des longues années de guerre. Cet appel prémonitoire résonne aujourd’hui comme si Bemba avait vu venir l’apparent clivage Est-Ouest que certains politiques tentent de monter dans le dessein de crier à un vote volé si jamais ils ne l’emportent au second tour de l’élection présidentielle.
A la seconde étape, Goma, Bemba s’est montré plus téméraire. Alors que le gouverneur de la province du Nord-Kivu lui avait conseillé la prudence, le chairman a cédé à la tentation d’aller visiter des plantations de thé dans le lointain Masisi, le repère des rebelles rwandais, les FDLR et les Interahamwe. A ses proches collaborateurs frileux à faire le voyage, il avait fait dire que quand un homme cherche à diriger son pays, il a d’abord à le connaître dans ses recoins et avec ses habitants. Ce qui explique des haltes observées pendant ce voyage risqué, le temps d’un bain de foule.
Le pèlerin s’est même arrêté dans un no man’s land, contraignant tout le cortège à mettre pied à terre pour goûter avec lui le fromage du cru. Fou quand même de la part de tout un vice-président de la République de faire une centaine de kilomètres  pas très carrossables pour découvrir  le pays. “On ne fait ces choses là que quand on aime son pays et qu’on brûle d’envie de le transformer une fois au pouvoir”, commente-t-on encore à Masisi. Comme celui qui peut le plus, peut le peu, la campagne électorale n’a été pour Bemba qu’une itinérance commencée avant tous ses concurrents, même ceux de l’espace présidentiel. Où n’a-t-il pas été?

 La place de Kinshasa

Quand il est descendu dans une capitale de province, cela l’a toujours mené à carapahuter rivières, collines, montagnes, savanes, forêts jusqu’à se faire voir dans les villages où personne n’a vu passer un seul candidat à l’élection présidentielle. Kinshasa lui en a su gré et lui a réservé un accueil comme à nul autre. Bemba est entré dans la capitale comme Jésus à Nazareth. Dans sa suite, une foule comme Kinshasa n’en avait plus vue depuis les années-transition. “C’est ce jour là que Bemba a démontré qu’il est le Président que les Congolais attendent. Sinon, il a prouvé que désormais la capitale est avec lui et que rien ne pourra se faire sans lui. Qui contrôle la capitale, dispose des véritables leviers de la politique nationale, même s’il est vrai que Kinshasa n’est pas la RD-Congo”, a affirmé un prêtre belge qui a fait tout le pays avant de s’installer à Kinshasa depuis 20 ans. Que les Kinois adoptent Bemba face à d’autres en place depuis bien longtemps n’est pas un fait du hasard. Nul doute qu’ils ne se sont jamais départis de l’idée qu’ils se sont fait de lui et son MLC comme l’alternative à peine la transition avait démarré.   L’image remonte même du temps de  déclenchement de la rébellion du MLC qui a eu l’avantage de revendiquer face à l’AFDL par une voie familière à Kinshasa.
Certains ont hésité un moment, se laissant dire que Bemba allait ressusciter le mobutisme et toutes ses égéries. Les Mobutistes ont été eux-mêmes les premiers à apprendre à leurs dépens que le nouveau venu n’avait  rien à voir avec eux. Les premiers d’entre eux qui sont allés chez Bemba faire de la récupération se sont entendus dire d’aller voir ailleurs. 
Depuis, toutes les grandes figures mobutistes comme Kengo wa Dondo, Seti Yale, Vunduawe Te Pemako, Honoré Ngbanda se sont passés le mot pour considérer Bemba comme un “renégat”. Renégat, Bemba l’est puisqu’il estime qu’il a fait sa rébellion pour une autre idée de la RD-Congo que d’exhumer un régime avec lequel il n’a rien d’autre que d’avoir fréquenté la cour présidentielle pendant les dernières heures du règne de Mobutu. A la place de ces Mobutistes, Bemba s’est entouré d’une nouvelle génération avec François Mwamba comme le cerveau et des valeurs sûres comme Thomas Luhaka. Cette équipe est restée longtemps à l’ombre -jusqu’au départ de toutes les taupes.
Sitôt qu’elle a été révélée, elle a prouvé de quoi elle est capable avec un programme de gouvernement, présenté lors de la campagne, basé sur une mobilisation des fonds propres à hauteur de 7 milliards de dollars. Les adversaires ont critiqué mais, aucun n’a proposé aux Congolais une alternative. Tout ce qu’ils ont trouvé à promettre, c’est des mesures impopulaires sans dire lesquelles. Bemba, lui, a fait connaître ce qu’il fera de son pouvoir. Il a promis la fin de l’impunité, la gangrène qui ronge la RD-Congo. Il avait  commencé avec la rigueur sur la chaîne des dépenses et a poursuivi avec le déballage sur certains dossiers cachés de détournement des deniers publics. Certains se sont sentis visés personnellement, confortant l’adage “qui se sent morveux se mouche”.  D’autres comme Antoine Gizenga ont apprécié et l’ont fait savoir en tête à tête. L’extérieur n’est pas resté indifférent. Il a compris que le vent tourne désormais. Les affrontements de Kinshasa entre le GSSP et les hommes de Bemba lui ont permis de se faire une idée exacte sur chacun des protagonistes.
Un député européen, l’Allemand Tobias Pflüger, a avisé le premier dans une prise de position où il accuse Louis Michel d’avoir induit l’Europe en erreur avec son protégé.  “L’attaque lancée par les troupes de Kabila sur la personne de son rival et seigneur de guerre Bemba à la suite de la publication des résultats des élections laisse complètement entrevoir au grand jour le mensonge politique de l’Union Européenne tel que pratiqué en République Démocratique du Congo. Dès le début, l’Union Européenne avait ouvertement soutenu l’autocrate Kabila. L’envoi de troupes de l’Union Européenne était également conçu en vue de la protection de sa victoire électorale certaine. Souvenez-vous qu’à la fin du mois de juillet, Louis Michel, Commissaire européen au développement et concepteur de la mission d’envoi de la force militaire européenne, s’était ouvertement prononcé pour une victoire certaine de Kabila.(Référez-vous à DEUTSCHE WELLE du 21.08.2006)”, a affirmé Plfüger .
A ceux qui savent lire entre les lignes, il est clair que la donne est entrain de changer en Europe. Tout comme dans les chancelleries à Kinshasa, notamment à l’ambassade sud-africaine où on redit clairement sur les maladresses de l’autre camp. “Il s’est passé des choses la semaine dernière.
La force européenne a cherché à vérifier et elle a rencontré une résistance de la part du pouvoir en place. Cela ne peut pas ne pas prêter à conséquence
”, ont rapporté des sources proches de l’ambassade sud-africaine à Kinshasa. Bemba a, depuis, le beau rôle avec un adversaire qui lui ouvre lui-même la voie. D’imaginer qu’il sera Président demain fait donc partie désormais des hypothèses les plus sérieuses.

Nouvel élan
 


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