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Bemba : le premier signal à Kabila avant le débat |

Dans un entretien le week-end avec la presse, le
candidat de l’Union pour la Nation a donné les grandes lignes de
sa vision et de son programme et a demandé au peuple congolais
de lui faire confiance pour les 5 années à venir
Jean-Pierre Bemba, adversaire de Joseph Kabila à la
présidentielle du 29 octobre 2006, a planté le décor de ce que
sera le débat contradictoire, la dernière épreuve de feu à
laquelle les deux protagonistes seront conviés 3 jours avant
l’explication finale. C’est la grande bataille au cours de
laquelle ils auront deux heures pour convaincre les Congolais et
les déterminer dans leurs choix.
Jamais le candidat de l’Union pour la Nation –UN- n’avait pris
un sin bon départ. Un jour avant le déploiement sur le terrain
de sa redoutable équipe de campagne, soit le samedi 14 octobre,
Jean-Pierre Bemba a pu démontrer, au cours de l’émission « Face
à la presse », et cela pendant deux heures, qu’il est une
machine apte à broyer n’importe quel adversaire au cours d’un
débat en direct.
Les journalistes Willy Kalengay d’Antenne A, une chaîne de
télévision indépendante, Serge Mulumba de la chaîne kabiliste
RTGa, appartenant à Pius Muabilu, député Pprd à la nouvelle
assemblée nationale, et Jérôme Sekana de l’agence Galaxy en ont
pris bonne note.
Serein, détendu, n’évitant aucune question, même technique,
Jean-Pierre Bemba a, par cette occasion, donné un signal fort à
Joseph Kabila dont certains proches, à en croire certaines
indiscrétions, ont jugé que l’adversaire a mis la barre très
haut. Au point d’émettre des doutes sur le face à face du 26
octobre 2006. Bemba s’est même dit prêt à tout débat, dans un
contexte démocratique, un peu comme Mohamed Ali, qui
démoralisait son adversaire Georges Foreman en 1974 au Stade du
20 Mai de Kinshasa, avant de l’envoyer au tapis.
Bemba a également dévoilé sa feuille de route, bien garnie. Rien
n’y est laissé au hasard. Un véritable «vade mecum» de
l’électeur avant le choix déterminant du second tour. Voilà
pourquoi il demande que les Congolais lui fassent confiance pour
les prochains 5 ans.
Ci-dessous l’intégralité de l’interview accordée par Jean-Pierre
Bemba
à Willy Kalengay, Serge Mulumba et Jérôme Sekana.
Presse :
L’opinion attendait ce moment pour
enfin vous voir sur les médias et entendre quelle est votre
vision pour le Congo de demain. On ne peut pas parler de ce
Congo de demain sans pouvoir évoquer les derniers évènements
qu’il y a eus après votre discours au Stade Tata Raphaël, la
publication des résultats et ce qui en est suivi par après. Il y
a quand même quelques stigmates qui sont restés et sont
perceptibles sur la ville de Kinshasa. Beaucoup se posent la
question de savoir qu’est-ce qui s’est réellement passé. Et
Jean-Pierre Bemba est là en chair et en os. Quelle est la vérité
sur tous ces faits pour que la population qui n’a que trop
attendu de vous voir communiquer à cet effet ?
Jean-Pierre Bemba :
Effectivement, je n’ai pas eu l’occasion de m’exprimer depuis
les évènements malheureux de 20, 21 et 22 août ; le jour même de
la proclamation par la Commission électorale indépendante (Cei)
des résultats du 1er tour dont, au niveau de notre regroupement
politique, nous avions vraiment des tendances qu’il y aurait un
2ème tour parce que nous avions récolté toutes les informations
sur la signature des PV de comptage (Ndlr : de dépouillement.).
Nous savions qu’il y aurait un 2ème tour.
Le 20 août au soir, je me préparais pour aller à la permanence
du parti pour pouvoir parler à la population dans un mot
télévisé, pour l’encourager à aller se préparer pour le 2nd tour
afin de le gagner.
J’avais d’ailleurs averti la
communauté internationale que j’allais m’adresser à la
population. Et grosse surprise : le cortège qui amenait l’équipe
d’avance avec du matériel de sonorisation a été pris à partie.
On a tiré sur le véhicule autour de la permanence du parti. J’ai
fait annuler le soir même, pour des raisons de sécurité, le
communiqué que je devais faire. Le 21, je me trouvais dans ma
résidence privée. A la demande de 14 ambassadeurs du Ciat pour
discuter des questions qui regardent l’organisation du 2nd tour
- les ambassadeurs du Ciat souhaitaient me rencontrer - je les
ai invités donc à la résidence privée. Il est 15h30’ lorsqu’ils
arrivent. Et à 16h00’, pendant que nous sommes avec eux, en
train de discuter, nous entendons les crépitements des balles.
On tire dans le périmètre de sécurité de ma résidence privée et
officielle. Ces tirs ont duré 5 heures, de 16 à 2100’.
Presse :
Pendant ce temps, vous êtes resté avec les ambassadeurs
chez-vous ?
J.P.B. :
Je suis resté avec ma famille, femme, enfants et ambassadeurs
que j’ai protégés dans une pièce au sous-sol de la maison pour
que rien ne leur arrive. Ma garde personnelle s’est occupée de
la défense de ce périmètre de sécurité. Tout ceci c’est ce que
je qualifie d’évènements graves, d’évènements malheureux parce
que, dans une démocratie les chars n’ont pas de place dans la
rue. Attaquer la résidence d’un vice-président de la République,
d’un adversaire politique, ce ne sont pas des actes
démocratiques. En démocratie, on répond au débat politique,
débat d’idées même s’il peut parfois être violent. Mais, on ne
répond pas à un discours politique par une violence armée. C’est
dangereux pour le pays, pour la démocratie. Ce qui m’est arrivé
pouvait arriver à n’importe lequel de nous, même opposant
politique. C’est dangereux pour la démocratie.
Moi, je me suis battu et donné ma
vie pour un nouvel ordre politique, pour une nouvelle manière de
gérer ce pays. On a connu la dictature dans ce pays, et on nous
a dit qu’on chassait la dictature. Il ne faut pas chasser la
dictature pour la remplacer par une autre. La scène qui s’est
déroulée dans cette ville du 20 au 22 août n’honore pas les
dirigeants congolais, n’honore pas la classe politique. Quelle
image a-t-on envoyé à la jeunesse qui aspire à faire la
politique, à la population qui aspire de vivre en paix,
lorsqu’on insécurise la ville avec 8 chars de combat, 1500
hommes armés pour venir tuer une personne, un vice-président, un
candidat à l’élection présidentielle ? La démocratie n’est pas
un slogan en soi, la démocratie c’est aussi un état d’esprit, la
tolérance, le respect des opinions contradictoires, mais surtout
les méthodes, autre au la violence, pour résoudre les problèmes.
Là-dessus, je trouve que ce qui s’est passé - les scènes que les
autres ont montrées dans cette ville - n’est pas honorable. Ce
je veux en tout cas, en me basant sur ces évènements, c’est
faire en sorte que dans ce pays - ce sont les idées pour
lesquelles je fais de la politique - ces types d’actes ne se
répètent plus. Je considère qu’ils n’ont pas leur place dans une
démocratie. Je considère qu’il est nécessaire qu’on change,
qu’il y ait un changement, qu’il y ait une alternance de pouvoir
parce que la population doit vivre en paix. Les hommes
politiques doivent s’exprimer librement, les journalistes
doivent faire leur travail librement sans être inquiétés, tués
et arrêtés.
Une des raisons pour lesquelles je fais de la politique, c’est
pour que ce type des scènes qu’on nous a fait vor ici ne puisse
plus se répéter. En ce qui me concerne, je m’engage, demain si
je suis élu, de faire en sorte que ce genre d’évènements ne
puissent plus se reproduire sur aucun des hommes politiques dans
ce pays quels que soient la raison et les reproches qu’on peut
faire. Il y a d’autres manières pour régler les problèmes
qu’envoyer les chars et els militaires dans la rue.
Presse :
L’un des objectifs de cette transition à l’issue de l’Accord
global et inclusif, c’était de réaliser la réconciliation
nationale, mais vous venez de décrire ici une situation grave.
Je voudrais savoir, si vous êtes élu président de la République
demain, quelle est la lecture que vous faites des problèmes
auxquels il faille, sur le plan politique, expliquer la
réconciliation nationale. Comment allez-vous favoriser la
réconciliation et entre qui et qui elle se fera selon votre
propre analyse ?
J.P.B.
:
Comme je l’ai dit, la démocratie est un état d’esprit. On ne
peut pas se déclarer démocrate et refuser la contradiction, la
liberté d’opinion, d’_expression, sanctionner des journalistes,
brûler des chaînes, arrêter des journalistes. La réconciliation
nationale était effectivement un des objectifs, mais il faut
l’avouer : on a échoué. On a échoué pourquoi ? On a échoué
d’abord parce que certains acteurs, et non pas de moindres de la
vie politique congolaise, n’ont pas participé à la transition.
Je dirai qu’ils ont été exclus même du processus électoral.
Presse
: Quand vous parlez de l’exclusion, ce n’est pas qu’on les a
chassés, c’est eux-mêmes qui se sont exclus.
J.P.B
:
C’est un débat et je ne voudrai pas entrer dans celui-ci. Le
fait est qu’ils ne sont pas là. Ce n’est pas bon. Si demain je
suis élu à la tête du pays, je ramènerai tous les exclus, toux
ceux qui n’ont pas participé à la vie politique pendant cette
transition par les moyens autorisés par la Constitution à y
participer.
Presse
: La réconciliation nationale,
selon vous, serait faire participer au pouvoir ceux qui n’y sont
pas ?
J.P.B.
:
J’ai dit que j’ai commencé par là. C’est une manière aussi dans
ce pays qui a d’énormes défis, des réformes qu’il faut appliquer
de faire participer des forces politiques qui ne sont pas de
moindres dans ce pays à la prise de décision sur l’avenir de ce
pays. De sorte qu’il n’y ait pas d’acteurs d’un côté et les
spectateurs de l’autre. Surtout lorsqu’on est des partis
politiques à travers lesquels la population se reconnaît.
La réconciliation nationale veut dire rééquilibrer ce qui était
constitué comme déséquilibre à un moment donné. C'est-à-dire la
vérité. C’est aussi permettre que les adversaires politiques
aient la sécurité de s’exprimer, de se mouvoir. On ne peut pas
si on veut appliquer la réconciliation nationale intimider des
adversaires politiques. Ça ne va pas, comme on l’a souvent vu
durant cette transition, dans le sens d’apaiser les relations
entre les acteurs politiques. Je crois que, une des leçons qu’on
peut tirer de l’histoire de notre pays qui ont provoqué
d’ailleurs les 2 guerres dans ce pays, c’est l’exclusion,
l’exclusion politique. C’est une erreur qu’il ne faudra plus
refaire. En tout cas, moi, je m’engage à ne plus refaire cette
erreur. Je travaillerai avec tous les acteurs politiques quels
qu’ils soient en vue de sceller la réconciliation nationale.
Presse :
Il y a un adage qui dit que faites-moi de la bonne politique, je
vous ferai de la bonne économie. Je veux revenir sur les tristes
événements du 20 au 22 août 2006. Sur le plan économique, les
indicateurs sont au rouge, entre autres, à cause desdits
événements. La côte sécuritaire est à sa troisième phase, avec
toutes les conséquences que vous connaissez en tant
qu’économiste : réduction des importations, augmentation des
prix des produits de première nécessité ainsi que des biens et
services. Tout ça est dû au fait que même les bateaux qui
venaient à Matadi sont orientés vers Pointe-Noire. Bien sûr vous
vous battrez pour améliorer les conditions de vie des Congolais,
une fois élu. Mais aujourd’hui, avant qu’on en arrive là, les
deux protagonistes du second tour que vous avez signé des
accords pour tenter de baisser la tension. Qu’est-ce vous allez
faire pour que le pays ne puisse pas connaître trop de
difficultés parce que ce qui se passe est entrain
d’annihiler les efforts que vous avez consentis pendant la
transition au cours de laquelle vous avez réussi à stabiliser la
monnaie et le cadre macro-économique. En neuf mois, on a assisté
à un dépassement des 50 milliards des francs congolais. Tout
cela est arrivé à cause de l’attitude irresponsable de deux
candidats du second tour.
J.P.B :
Bien sûr, c’est regrettable lorsque vous avez des revers au
niveau des paramètres économiques. Par expérience, vous savez
qu’on a connu d’autres revers par le passé et on a pu les
surmonter. Effectivement, les événements malheureux du 20 au 22
ont une influence sur la dépréciation de la monnaie, la
réduction des importations, l’augmentation des primes de risques
dans le pays. Ce sont là aussi les conséquences d’actes
inconsidérés. Je crois que ce qui est important c’est qu’au
lendemain du deuxième tour, que le gouvernement d’union
nationale qui sera formé puisse sécuriser les opérateurs
économiques dans l’effort qu’ils vont faire pour investir dans
ce pays. C’est vital, c’est important. Deuxièmement, le
gouvernement devra revenir sur les fondamentaux que nous avons,
en tant que politique de maîtrise tant budgétaire que monétaire.
Ce sont des choses faisables. Je comprends les inquiétudes, mais
je peux rassurer, par expérience, que c’est une situation qui
pourra
redevenir à la normale endéans trois mois. Les stocks
remonteront, les prix baisseront, la monnaie sera restabilisée.
Nous l’avons fait pendant trois ans ; nous connaissons les
causes, nous pourrons lutter contre elles et revenir à la
situation normale. Mais, ce qui est important c’est d’apaiser
les opérateurs économiques, leur dire que ce pays est une terre
où les uns et les autres peuvent investir. Il ne s’agit pas
simplement d’assurer la sécurité juridique, mais moi je
m’attellerai à assurer la sécurité sous toutes ses formes sur
l’ensemble du territoire national. Donc, je mets ça sur le
compte d’un événement qui pourra être rapidement résorbé lorsque
le gouvernement d’union nationale sera mis en place.
Presse
: Vous avez dit tout à l’heure que vous avez consacré votre vie
pour l’instauration d’un nouvel ordre politique dans ce pays,
j’entends par là l’installation de la démocratie et la liberté
d’entreprise. Puisque vous évoquez le gouvernement d’union
nationale quand vous serez aux affaires, la démocratie c’est
aussi la majorité qui triomphe et qui gouverne, surveillée par
une minorité qui est dans l’opposition. C’est à travers ce jeu
que nous allons asseoir la démocratie. La question du
gouvernement d’union nationale est en contradiction avec la loi
de la majorité. Vous n’êtes pas le seul, parce que hier, le CIAT
est allée au parlement pour conseiller aux membres du bureau la
recherche du consensus dans la prise des décisions. Nous sommes
en démocratie. Quand est-ce que les uns et les autres
accepteront qu’ils ont perdu, ils sont minoritaires et qu’ils
doivent entrer dans l’opposition. Votre décision de constituer
un gouvernement d’union nationale n’est-elle pas
incompatible avec le jeu démocratique ?
J.P.B:
Pas du tout. D’ailleurs, vous répondez à votre propre question.
Ce gouvernement doit être issu de la majorité parlementaire, non
pas de la minorité. Former un tel gouvernement n’empêchera pas
la mise en place d’une opposition. Il est certain que demain
l’on ne pourra pas mettre les 500 députés dans un gouvernement.
Ma vision c’est qu’il puisse y avoir dans ce gouvernement les
forces principales qui constituent la majorité afin de pouvoir
mettre en place un programme susceptible de résoudre les
problèmes de la population. Par expérience de trois ans de
transition, je vous dirai que ce pays doit passer par des
réformes courageuses s’il veut être viable. Il faut
l’accompagnement de la population pour pouvoir effectuer ces
réformes. Il faut faire comprendre à la population le bien-fondé
de ces réformes et avoir son quitus. C’est pour ça qu’il est
important, après le deuxième tour, que toutes les forces
principales soient réunies dans un gouvernement pour faire le
pont entre les décisions qui seront prises et la population au
nom de qui ces décisions sont prises. Si la population ne
comprend pas ces décisions, comment accompagnera-t-elle les
efforts du gouvernement ? Donc, une opposition va se créer.
C’est ça la démocratie.
Presse :
Allons jusqu’au fond de la question. Si vous passez Président de
la République, vous pouvez nommer Joseph Kabila Premier
Ministre, ou si lui passe Président, seriez-vous son Premier
ministre pour confirmer votre entendement d’un gouvernement
d’union nationale ?
J.P.B :
Sachez que la démocratie ce n’est pas non plus identifier les
forces politiques par rapport à un homme. Une force politique
est un esprit politique, une vision politique qui peut être
appliquée par n’importe quel acteur de cet ensemble politique.
Poser une telle question revient à dire que la politique dans ce
pays se réduit seulement à la personne de Joseph Kabila ou de
Jean-Pierre Bemba. Ce qui est faux. La politique doit se ramener
à des idées, à une vision, à une conception de la gestion de la
vie nationale. Elle peut être mise en œuvre par d’autres acteurs
de la vie politique nationale autres que Joseph Kabila ou
Jean-Pierre Bemba.
Presse
: Soyez un peu plus pratique.
J.P.B :
Vous voulez savoir qui sera le prochain Premier ministre si je
suis élu ?
Presse
: Dites-nous d’une manière un peu
plus concrète, comment les choses vont se passer si vous êtes
élu. Avec quelles forces politiques allez-vous composer pour
former ce gouvernement d’union national et qui va le diriger ?
J.P.B :
L’adage dit ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir
tué. Mais, je peux vous dire que là-dessus mes idées sont très
claires et les critères bien précis. Le Premier ministre que je
nommerai sera celui qui pourra rassembler l’ensemble de la
majorité des forces en présence. Il ne sera pas d’emblée nommé
Premier ministre, mais il sera d’abord formateur du gouvernement
avec cette mission de pouvoir contacter l’ensemble des forces
politiques tant celles présentes à l’Assemblée nationale que
celles en dehors de cette dernière pour pouvoir constituer, à
travers cette majorité, un gouvernement. Ce gouvernement aura
une mission : s’atteler à résoudre, dans l’immédiat et au plus
vite, les problèmes de la population. La structure du
gouvernement sera bien sûr l’architecture qui en sortira
conformément à la Constitution. On aura un Premier ministre,
peut-être des vice-Premiers ministres, issus de la majorité.
Presse :
Pensez-vous que cette majorité vous sera acquise.
J.P.B :
Absolument.
Presse :
Par quel mécanisme ?
J.P.B
:
Par le jeu des alliances
politiques, le jeu de la coalition politique autour non pas des
hommes, mais d’une vision politique. C’est pour ça que je dis
qu’il ne faut pas ramener l’espace politique à des hommes, mais
à des idées. Je pense que si on a tous le même entendement de la
démocratie, à travers les idées à recueillir des hommes et des
femmes qui partagent une vision commune, celles capables de
répondre aux aspirations de la population, cela est possible. On
peut trouver des responsables qui sont d’accord pour qu’on
réhabilite et construise des routes, qu’on assure l’adduction en
eau potable, qu’on assure l’électrification de tout le pays,
qu’on assure la sécurité sur toute l’étendue du territoire
national, qu’on aie une économie forte et dont les résultats
donnent de l’emploi à la population, qu’on respecte et
garantisse les droits de l’homme et la liberté d’opinion. Je
crois que des hommes partageant une telle vision se retrouvent
dans tous les camps
politiques et peuvent se réunir au sein d’un même gouvernement.
C’est un problème des idées, de vision dans les groupes
politiques. J’ai rencontré beaucoup d’acteurs politiques qui
partagent cette vision.
Presse
: Vous avez parlé des réformes.
Vous avez des idées claires et précises pour le pays. On ne peut
pas concrétiser tout ce que vous dites quand on n’a pas de
moyens. Sur les 150 réformes qu’on devait engager, il n’y a que
40 qui ont été exécutées. Une fois au pouvoir, qu’allez-vous
faire pour corriger ces erreurs quand on sait qu’à ce jour le
gouvernement continue à faire des dépenses extrabudgétaires,
plus de 280 millions des francs congolais non prévus au budget
ont été décaissés pour payer les parlementaires, on rate même
les rendez-vous importants comme les assemblées annuelles de la
FMI et de la Banque Mondiale tenues à Singapour où la République
démocratique du Congo était la 2ème vice-présidente. Peut-être
que les uns et les autres ont négligé les choses à cause de
cette histoire des composantes. Mais une fois au pouvoir, que
feriez-vous pour permettre à ce pays d’aller de l’avant, tout en
en respectant les recommandations des partenaires extérieurs ?
J.P.B
:
Ce qui est important c’est la mise
en place du leadership de demain, une vision claire de la marche
du pays. Non seulement au point de vue économique, mais
également aux points de vue social, sécuritaire, politique.
C’est ça, je pense, dont nous souffrons le plus dans ce pays. Je
crois, en ce qui me concerne, à une vision claire d’un nouveau
Congo dont je rêve, dont je souhaiterai être un des acteurs
principaux de sa mise en route ou de son application. Je suis
persuadé qu’avec les acteurs politiques dont le pays dispose,
nous trouverons des femmes et des hommes pour pouvoir appliquer
cette nouvelle vision politique et un changement dans la manière
de gérer ce pays. Je mets ce dont vous me parlez dans le cadre
d’une rénovation du leadership qu’il faut et qui est nécessaire
dans ce pays. Et c’est pour ça que je demande à la population de
me faire confiance, de me donner 5 ans pour qu’on puisse
effectivement donner la place qu’il faut dans le concert des
nations à
> notre pays. On manque beaucoup de rendez-vous certes, mais
c’est par notre propre faute. Vous me parlez également de la
mobilisation des recettes. C’est vrai parce qu’il faut beaucoup
de ressources pour le développement. Est-ce que vous savez que
dans ce pays beaucoup des ressources ne sont pas mobilisées ?
Pourquoi ? Parce que, dans notre vision, il y a encore dans ce
pays la corruption, la fraude, l’impunité. Quand nous allons
nous attaquer à ces maux qui gangrènent le pays, je peux vous
assurer que les recettes qui passent à gauche ou à droite de la
caisse générale de Trésor vont y revenir et très rapidement. La
Rdc avec les ressources qu’elle a du sol et du sous-sol ne peut
pas souffrir du budget qu’il a aujourd’hui. Nous pouvons avec ce
que nous avons aujourd’hui, si nous le mobilisons sérieusement
et effectivement, multiplier par trois le budget actuel. Ce
n’est pas un secret.
Presse
: Comment allez-vous gérer le
problème de l’insécurité qui se pose avec acuité au pays,
surtout dans sa partie Est où la population a besoin d’un
Président qui rassure sur la paix sans laquelle elle ne peut
librement vaquer à ses occupations ? Quel est votre plan de
sécurité pour que ce pays puisse reprendre sa paix d’antan ?
J.P.B
:
Le problème d’insécurité qui se passe particulièrement à l’Est
me préoccupe énormément et m’interpelle. L’Ituri ? Je connais
bien pour y avoir séjourné, pour avoir eu l’expérience de la
pacification avec la population, avec les groupes sociaux
culturels. C’est une réalité, posez la question à nos frères de
l’Ituri, ils vous le diront. Cette expérience de la
pacification, de la sécurisation de l’Ituri était fructueuse.
Quand nous avons quitté cette partie du territoire, vous savez
ce qui s’en est suivi en termes d’insécurité. Au niveau du Kivu,
la présence des groupes armés doit nous interpeller. Au-delà de
cette présence, on doit chercher à savoir comment ces groupes
sont-ils armés, comment se fait-il que les Interhamwe continuent
dans notre pays à posséder des armes, des munitions, des
uniformes et à vivre paisiblement ? Dans mon programme, je me
suis engagé, particulièrement vis-à-vis des populations du Kivu,
de l’Ituri. Dans les 6 mois si je suis élu
Président de la République, je vais mettre fin à l’insécurité
qui y règne. C’est une volonté politique.
Presse
: Au premier tour, le candidat
Jean-Pierre Bemba n’a presque pas eu des voix dans cette partie
de la République. Les gens ont préféré Joseph Kabila parce qu’il
semble les rassurer sur la paix. Vous pensez que cette fois-ci
cette population va vous faire confiance avec la promesse que
vous venez de faire ? Qu’est-ce qui peut les garantir en ce
moment ?
J.P.B
:
Je connais le terrain et les forces qui sont en présence. Je
dis, partant de mon expérience, que c’est des choses qui peuvent
se mettre en place rapidement pour redonner la sécurité à nos
frères et sœurs qui sont constamment tués, les mamans violées,
le cases brûlées par ces groupes armés. S’il y a bien une zone
dans ce pays où j’aurai dû obtenir par le discours un soutien,
c’est à l’Est.
Presse
: Ça n’a pas été le cas.
J.P.B
:
Peut-être que le discours n’est pas arrivé ou n’a pas été
compris. Mais, je vais mettre, moi, une rupture avec
l’approvisionnement en armes, en munitions de ces groupes armés.
Je crois qu’elle ne m’a pas compris ou elle ne connaît pas la
vérité. C’est un des maux dont notre peuple souffre. Je
m’emploie à l’occasion de ce second tour de lui apporter le
message de la vérité pour lui dire «sortons» si elle veut sortir
de l’état d’insécurité dans lequel elle est plongée. Je propose
à la population de me faire confiance, de me donner ses voix. Ce
qu’elle endure depuis plus de 12 ans que les Interhamwe sont sur
notre territoire, sèment la désolation, pillent, tuent, volent
nos populations, j’y mettrai un terme endéans six mois. J’ai dit
six mois.
Presse
: Comment feriez-vous, sans entrer
dans les détails, pour neutraliser ces groupes armés ?
J.P.B
:
C’est une question de volonté politique. Si je suis élu, je vais
pouvoir mettre fin à toute l’insécurité qui règne dans cette
zone.
Presse
: Aujourd’hui, les forces militaires (Monuc, Eufor) occupent le
pays pour des raisons de sécurisation du processus électoral. Ce
n’est pas ça la tactique d’un chef d’Etat quand il faut protéger
son pays. Quelle est votre vision de l’armée de demain et
comment comptez-vous la réformer et moderniser ? Beaucoup des
gens pensent qu’il faut encourager le service militaire
obligatoire pour que le peuple puisse se prendre en charge
lorsqu’il s’agit des problèmes militaires. Etes-vous du même
avis ?
J.P.B
:
Je souhaite une armée républicaine au service du peuple, de la
nation et des institutions. Je dis ça parce qu’il ne faut pas
replonger le pays, en mettant l’armée au service d’un seul
homme. Je souhaite avoir une armée disciplinée, encadrée,
éduquée qui comprenne sa mission première. Les hommes en
uniforme ne peuvent pas être les ennemis du peuple. D’abord, ils
doivent savoir qu’ils sont équipés, nourris et payés grâce à
l’argent du contribuable. Ensuite, l’armée n’est pas là pour
insécuriser la population. Mais, sécuriser et la population et
les frontières du pays. Si elle comprend cette mission-là -
c’est pourquoi je parle de rééducation, d’encadrement, en
commençant par le rôle que doit jouer les commandants, à
commencer par ceux de la section, du bataillon, de la brigade -
l’armée devient républicaine. Le service militaire est
obligatoire lorsque l’Etat a besoin de mobiliser les troupes,
lorsqu’il y a du mal à mobiliser les troupes dans des
recrutements. Ce n’est pas le cas dans notre pays. Si
aujourd’hui vous lancez une campagne de recrutement, vous aurez
des centaines de milliers des jeunes qui répondront devant le
drapeau. Ce qui revient à dire que ce n’est pas nécessaire de
rendre obligatoire le service militaire. Ce qu’il faut c’est de
poursuivre le programme d’intégration de l’armée. C’est
important. Nous ne l’avons pas achevé au bout de cette
transition. Ce qui est important aussi c’est de continuer le
programme d’équipement de nos troupes pour défendre la nation,
de rééduquer les hommes des troupes. La Police, elle, a le rôle
de maintien de l’ordre. C’est elle qui doit pouvoir faire
respecter les libertés individuelles, sécuriser les citoyens. Je
dis que tous, militaires et policiers, doivent pouvoir être
valorisés. Cela doit commencer par d’abord leur donner des
casernes. Car, le spectacle que nous voyons chaque jour avec des
hommes en armes pas seulement à Kinshasa, mais aussi à travers
toutes les grandes villes du
pays, ce sont des choses qui ne se feront plus. Les militaires
doivent être formés, entraînés, équipés, et être dans des
casernes du 1er janvier au 31 décembre. La solde doit arriver à
chaque homme des troupes. Et les militaires doivent se trouver
loin des villes. On ne doit laisser dans les villes et cités que
la Police avec des moyens adéquats de se mobiliser pour
sécuriser la population. Ce qui se passe aujourd’hui comme
spectacle n’est pas digne d’un Etat moderne, d’un Etat de droit.
Moi, j’ai honte. Comment peut-on trouver des militaires dans des
aéroports internationaux avec des armes lourdes qui y sont
pointées? Sommes-nous en état de guerre permanent ? La guerre
est terminée. Quelle image nous donnons à la population, à la
Communauté Internationale ? En tout cas, dans le volet
sécuritaire, il faudra poursuivre, dans la réforme de l’armée,
le processus d’intégration de cette armée. Les militaires, à qui
je dois beaucoup de respect, doivent être casernés et non pas
dans des institutions, équipés, constamment entraînés. Dans ces
conditions - si ce programme est mis en œuvre et il peut être
mis en œuvre - je vous garantis que nous aurons une des armées
les plus fortes dans ce continent. Je connais, de mon
expérience, quelles sont les capacités de nos hommes des
troupes. Si les conditions sont réunies, on va être surpris de
la montée en puissance d’une armée véritablement disciplinée,
forte et au service de la nation. Et je m’engage à faire ça et
je suis prêt à répondre si ce n’est pas fait.
Presse
: Vous dites que vous pouvez multiplier par trois le budget du
pays, qu’on ne bâtit pas une armée républicaine ni une Police
citoyenne sans moyens. Vous parlez du casernement, de la solde.
Il y a quand même des conditions pour arriver à tout ça. Où
est-ce que vous allez sortir cet argent ?
J.P.B
:
Le problème c’est que je parle de ce que je connais. Savez-vous
que dans l’armée il existe un service de génie civil ? Il y a
des militaires, des officiers formés, responsables de ce service
qui ne sont pas utilisés. Croyez-vous demain que si nous
achetons le ciment à 10 dollars le sac, nous achetons le fer à
béton, les tôles à 8 dollars la pièce, le sable qu’on trouve
partout, les moellons, les caillasses, les fils électriques, les
chevrons, qu’on ne peut pas, nous-mêmes, par la mobilisation du
génie civil de l’armée, construire des camps militaires ? Je
vous fais le pari. Et ça ne vas pas coûter les sommes
faramineuses comme vous pensez. Un camp militaire de 1.500
logements, si vous prenez 500 sacs de ciment par maison,
multiplier par 10 et faites l’addition. Est-ce que ces moyens
manquent à l’Etat ? C’est une question de volonté politique.
Ceci peut être étalé également dans le temps.
Presse : Mais, il faut des hommes
des troupes.
J.P.B
:
Pour construire une maison il faut combien d’hommes des troupes
? Vous savez aujourd’hui combien d’hommes des troupes nous avons
? C’est même de trop.
Presse
: 180.000
J.P.B
:
C’est de trop. Ce n’est pas nécessaire aujourd’hui.
Presse
: Pour ce grands pays et avec les menaces qui nous guettent.
J.P.B
:
Je vous dis que ce n’est pas nécessaire.
Presse
: On ne peut pas aller jusqu’à 250,
300 mille.
J.PB
:
D’expérience, je vous dis que ce n’est pas nécessaire parce que
ce n‘est pas le nombre des militaires qui fait gagner une
guerre. Ce n’est pas la quantité des matériels non plus. C’est
plutôt la détermination et la tactique de combat. Je ne veux pas
entrer dans des détails, mais croyez-moi.
Presse
: Mais, l’armement coûte cher.
J.P.B
:
Effectivement. Mais, une fois de plus, les experts militaires
vous diront qu’en fonction des missions, vous avez le type
d’armes qu’il faut. On n’aligne pas n’importe quel type d’armes
pour n’importe quelle mission.
Presse
: Une fois au pouvoir, le caporal touchera combien parce que la
solde là est ridicule aujourd’hui.
J.P.B
:
Mais, la solde ridicule n’a pas été appliquée. Je ne veux pas
ici rejeter la responsabilité sur les uns ou sur les autres. Ce
qui intéresse ici c’est l’avenir. D’abord, si nous réduisons la
taille de l’armée, parce que je l’ai dit, 180.000 hommes c’est
trop, nous allons réaliser des économies. Mon idée c’est de
mettre une division par région militaire. Une division c’est,
comme tout le monde le sait, trois brigades. Une brigade compte
autour de 4.800 et 5.000 hommes. Ca vous fait en moyenne 15.000
hommes par région militaire pour assurer la défense. C’est même
beaucoup. Au total, avec 100.000 hommes on peut assurer la
sécurité. Tout le reste peut être mis au travail, à la réfection
des routes, à la construction des casernes. Ce n’est pas
impossible, mais c’est question de volonté politique. Il y a un
programme DDR avec les partenaires extérieurs. Permettons à ceux
qui veulent aller dans le cadre de la démobilisation de pouvoir
y aller. C’est question de volonté politique et, je vous dis,
d’application des décisions politiques. On peut y arriver. La
solde que nous cherchons aujourd’hui pour 180.000 hommes,
lorsque les effectifs seront réduits à 100.000 hommes, la même
solde sera multipliée par deux tout de suite. S’il faut beaucoup
d’argent pour ça, c’est question de volonté politique. Le
caporal pourra mieux toucher. Si nous pouvons dire dans
l’immédiat que le caporal pourra avoir 100 dollars, c’est parce
qu’il a une maison que l’Etat lui donne à travers la structure
de l’armée, parce que ses enfants vont à l’école, parce qu’il y
a une polyclinique à proximité du camp où il pourra faire
soigner sa famille et lui-même, parce qu’il y a une cantine dans
laquelle l’Etat lui verse chaque mois sa ration. Ce caporal - ce
soldat dernière classe dans un premier temps - peut se retrouver
avec un minimum de 100, voire 150 dollars. Ce sont des objectifs
qu’on peut atteindre. Et je vous dis que même dans le budget
actuel cela est à notre portée. C’est encore une fois question
de volonté politique pour pouvoir faire articuler cette
politique.
Presse
: La sécurité ce n’est pas seulement l’armée mais c’est aussi
les services de sécurité et aussi la diplomatie. Si nos
frontières sont des véritables passoires, c’est parce que ces
services n’ont pas les moyens qu’il faut. Qu’est-ce que vous
dites de ces services-là ?
J.P.B
:
J’ai parlé de la Police pour l’ordre public. Je parle des
services de sécurité qui sont des services d’intelligence. Ils
ne sont pas là pour jouer le rôle de la Police et essayer
d’intimider la population. Le service d’intelligence a le rôle
de recherche, d’analyse et non pas ce que l’on voit chaque jour.
Peut-être que les personnes qui sont à la tête de ces services
ne savent pas ce que l’on attend d’eux. Ils n’ont pas la bonne
information de ce que c’est un service d’intelligence. C’est un
service d’analyse avant tout. De récolte d’informations.
Laissons à la Police les soins de pouvoir régler les problèmes
d’ordre public. Et au service de sécurité la tâche de pouvoir
faire le travail des renseignements, de recherche des données
pour les institutions, le gouvernement. Et non pas les hommes
qui sont dans les institutions. Moi, ma vision, je le répète,
c’est de pouvoir renforcer les institutions et non pas favoriser
la présence des hommes forts dans des
institutions faibles. Donc, tous ces services qui dépendent et
qui sont pour le gouvernement au service de la population
doivent comprendre leurs missions.
Presse
: Vous avez l’ambition légitime de gouverner ce pays, mais c’est
sur une population des plus pauvres de la terre, celle qui n’a
pas accès au minimum. Elle n’a pas accès au courant ni à l’eau
potable, moins encore aux soins de santé et à l’éducation de
base. Quand vous serez Président de la République, comment
allez-vous résoudre cette question du courant électrique, par
exemple ? Comment feriez-vous pour que le courant du barrage
d’Inga, le plus important d’Afrique, puisse profiter à la
population ? Comment feriez vous pour diminuer toutes ces poches
noires parce qu’au premier tour vous aviez promis de donner
l’eau et le courant à toute la population congolaise, 24 heures
sur 24 ?
J.PB
:
On a fait l’expérience de la monopolisation de la distribution
du courant électrique dans notre pays. C’est un échec. La Snel
n’a pas rempli la mission de pouvoir donner de l’électricité
dans tout le pays. Avait-elle le moyen de remplir sa mission ?
Non. Le taux de recouvrement actuel de la Snel ne lui permet pas
d’entrevoir même dans les 5 ans à venir de donner le courant à
l’ensemble du pays. Il faut une autre politique. La mienne c’est
de libéraliser le secteur tant de la production que de la
distribution de l’énergie par des textes. A l’instar de ce qui
s’est fait au niveau de la téléphonie, de l’aviation,
libéralisons la production et la distribution du courant dans
notre pays. Réglementons par des termes techniques le type de
courant qu’il faut fournir à la population, aux habitations, aux
usines. Prélevons les taxes qu’il faut sur ces unités de
production. Laissons la tâche de produire à tout opérateur privé
qui voudrait produire et distribuer du courant.
A partir de ce moment-là, par la mise en place d’un code
énergétique qui permettrait, pour celui qui voudra mettre en
place centrale électrique ou thermique ou encore toute autre
forme de transformation d’énergie, d’avoir des avantages de son
investissement. Nous aurons toute une série d’opérateurs qui
vont certainement demander de mettre du courant dans les
différents villes et villages. Ça commencera par les villes les
plus juteuses parce que, on ne fait pas du mécénat, ces gens ne
vont pas investir pour qu’ils perdent. On pourra, dans un bref
délai, assurer l’électrification rapide de notre pays. En
attendant, j’ai proposé à la population ce qui est faisable :
mettre en place dans tous les territoires qui n’ont pas de
courant des groupes électrogènes de 500 Kwa immédiatement. Ca ne
coûte pas plus de 80.000 dollars.
Presse
: Mais, le problème de carburant va se poser.
J.P.B
:
Oui, mais les calculs ont été faits
: 80.000 dollars pour le groupe électrogène multipliés par plus
ou moins 150 territoires qui ne bénéficient pas du courant
électrique, on a 9.000.000 de dollars. C’est à la portée de
l’Etat. Deuxièmement, ces groupes-là consomment en moyenne 20
litres à l’heure lorsqu’ils sont en surcharge. Si dans un
premier temps, vous décidez de donner le courant pendant 8
heures par jour, par groupe électrogène, on a un fût par jour.
150 fûts par jour multipliés par 200 dollars le fût, on a un
total de 30.000 dollars par jour multipliés par 30. Ça fait
900.000 dollars. Est-ce que vous savez ce que coûtent les frais
de mission dans ce pays par mois ? On peut couper ces frais de
mission pour répondre aux besoins de la population. C’est encore
une fois de plus question de volonté politique. Même si on
ajoute les charges des huiles et autres câblages, ce n’est pas
ça qui va stopper, par les moyens de l’Etat, la distribution de
l’énergie pour l’ensemble de la population.
En ce qui concerne l’eau, je sais de quoi je parle parce que je
l’ai fait dans certains coins du pays. Le forage d’eau potable
ne coûte rien. Avec 10 ou 15.000 dollars on peut avoir des
tuyaux galvanisés en PVC et pompes comprises Est-ce que ce n’est
pas à la portée de l’Etat pour, dans un premier temps, fournir
de l’eau potable à toutes les villes et à tous les villages à
travers ce système ? Pour faire venir un camion de forage de la
Chine, il faut 150.000 dollars. Si on achète pour chaque
territoire un camion de forage, l’Etat ne dépenserait que 10
millions de dollars. Une somme à sa portée.
Je parle maintenant des routes. J’ai sillonné tout le pays,
c’est un véritable problème pour notre population. Dans une
vision et une volonté politiques d’acquérir une benne, une pelle
chargeur et un compacteur, pour chaque territoire, je ne veux
pas vous citer les noms des pays, l’Etat ne dépensera pas non
plus grand chose. On peut donner à nos territoires la
possibilité d’entretenir leurs routes respectives. Il y a des
économies qu’on peut faire sur le budget actuel. Ces économies
peuvent être affectées à autre chose. Je ne suis pas trop
ambitieux si je dis qu’on peut multiplier ce budget par trois
parce que j’ai eu à diriger la commission Ecofin et je sais de
quoi je parle. Je sais où se passe le trafic.
Presse : Pourquoi vous ne l’avez pas arrêté ?
J.P.B
:
Mon parti a dénoncé la fraude et les pillages. Je ne suis pas là
pour faire la querelle. Vous connaissez l’actualité. Je pense
que demain, en alternant l’autorité de l’Etat, ces choses vont
cesser.
Presse
: Comment pensez- vous combattre la
corruption parce que c’est aussi une gangrène ? Le pétrole, par
exemple, qu’on exploite à Moanda est sous évalué depuis des
lustres.
J.P.B
:
Tout à l’heure, j’ai dit quelque chose que, peut-être, vous
n’avez pas saisie : l’impunité qui tue notre pays. Quand dans
les thèmes de campagne je parle de la justice, de la réforme de
la Justice, je pense faire de la lutte contre la corruption, qui
passe par la fin de l’impunité, le socle de notre combat. Dans
les audits que j’ai demandés à la Cour des Comptes, tous les
mandataires de l’Etat ont été attrapés la main dans le sac. Et
aujourd’hui, ils sont tous en parfaite liberté. C’est
véritablement un signal qu’on lance pour stopper la corruption.
Il faut permettre à la Justice de faire son travail de dire le
droit. Le jour où des mandataires de l’Etat, des ministres, des
ambassadeurs ou des officiers de l’armée vont être devant la
Justice pour répondre de détournements des deniers publics, que
la Justice, elle aussi, va dire le droit et va le lire, et que
ces présumés coupables seront sanctionnés par la Justice, et non
pas par le pouvoir politique, je peux vous assurer que nous
commencerions à réduire la corruption et la fraude dans ce pays
d’une manière drastique, forte. Rien que par là. Vous allez voir
comment les citoyens, les mandataires changeront leurs
comportements.
Presse
: Parce que vous parlez de comportement, beaucoup de gens disent
que le problème du Congo c’est aussi celui de l’éducation des
masses. Quel est justement votre plan d’éducation pour la
jeunesse congolaise ? Comment, sur le plan social, comptez-vous
résoudre cette question de la plus value : quand vous parlez des
tuyaux d’eau, des câbles électriques, etc. Le cuivre est produit
ici, mais le câble électrique, lui, n’est pas produit ici. Il y
a un problème sérieux qui fait que toutes les richesses du pays
vont à l’extérieur, mais la population n’en reçoit pas la
dividende. Vous êtes passé par le Kasaï, vous avez vu dans
quelles conditions vivent les habitants de ce coin où sont
sortis certains des diamants, les gros du monde. Il n’y a pas
d’eau ni de courant, moins encore d’école. Dans toute la
République, les enfants étudient à même le sol. Ce sont des
problèmes concrets qui méritent des réponses concrètes de votre
part. Si vous êtes au pouvoir, comment allez-vous
résoudre toutes ces choses parce qu’il faut qu’il y ait une
incidence dans le vécu quotidien de la population ?
J.P.B
:
Vous soulevez là une question très importante. C’est justement
pour apporter des solutions aux problèmes du vécu quotidien de
la population que je fais la politique. C’est pourquoi je
demande à la population de me donner les moyens de résoudre ces
problèmes-là en m’élisant. Tout ne peut être résolu que par la
possibilité d’être à la tête des institutions. L’éducation et la
formation de la population nous préoccupent au plus haut point.
C’est pour cette raison que nous nous sommes battus pour que,
dans la Constitution, la liberté d’opinion et d’_expression
soient garanties. C’est dans l’opinion que vous pouvez aussi
éduquer la population. Le programme social, éducatif, culturel,
sanitaire d’un gouvernement doit impliquer la population. Dans
un territoire où il n’y a pas d’hôpitaux, vous amenez la
population, lorsqu’elle a la malaria, d’aller recourir à des
médicaments traditionnels parce que vous lui privez des besoins
sanitaires. Il faut plutôt l’amener dans des
établissements où il peut rencontrer des pédiatres, des
infirmiers, des chirurgiens, etc, où il peut recevoir des soins
appropriés. Si vous mettez de l’eau potable dans un coin, vous
éduquez aussi la population qui y habite parce que vous l’amenez
à consommer l’eau potable, et non pas l’eau des rivières et des
ruisseaux. L’Etat a la responsabilité de l’éducation et de la
protection de la population. Je suis tout à fait d’accord avec
vous. On fait la politique pour mettre fin à cette misère, cette
pauvreté de la population. Il est inacceptable de voir des
enfants qui étudient à même le sol, des femmes qui accouchent à
même le sol avec une bougie, des chirurgiens qui opèrent avec
des couteaux de cuisine, avec des lampes tempêtes, etc. Nous
l’avons vu dans la majorité des villages que nous avons
parcourus. Ce n’est pas normal ni digne d’un Etat. Nous
sollicitons les voix de la population pour changer cet état des
choses. Parce que nous avons un programme et une volonté
politique. Que par une bonne politique économique, les
investisseurs viennent, investissent dans le pays, donnent du
travail. Qu’on prépare un programme de développement de
l’éducation. Qu’on puisse créer des établissements scolaires
bien équipés, avec des enseignants bien payés, bien formés pour,
à leur tour, former des enfants.
Presse : Les moyens vont venir de
l’extérieur une fois de plus ?
J.P.B
:
Vous soulevez là un problème très important. Il faut mettre un
terme à la contradiction entre la richesse du pays et la
pauvreté de la population. La magie de la transformation de ce
contraste réside en l’espoir que je fais que, demain, en étant
élu, les populations bénéficient des richesses de ce pays. Je
propose l’équation qui va nous amener à résoudre cette
contradiction. C’est possible. Faites-moi confiance,
accordez-moi cinq ans pour pouvoir renverser cette
contradiction. J’en fais le pari. Si dans les 5 ans j’échoue, je
suis prêt à arrêter. Je suis certain que dans les 5 ans, la vie
des citoyens congolais de ce pays va changer.
Presse :
La force de conviction que vous avez étonne. Qu’est-ce que vous
avez de particulier qui vous pousse à avoir un tel optimisme et
qui peut pousser la population à dire «voilà l’homme que nous
cherchons !» ? A vous entendre parler, on dirait que vous prônez
un état fort. Vous ne craignez pas d’être taxé de dictateur ?
Êtes-vous prêt à être un Président de la République démocrate,
capable d’aller devant la Cour vous justifier au cas où vous
commettez des abus ?
J.P.B
:
De la même manière que la démocratie est un état d’esprit, la
dictature l’est aussi. La dictature est un état d’esprit qui
veut que vous déteniez le pouvoir non pas par la volonté du
peuple, mais par la volonté soit d’un coup d’Etat. C’est à
partir de cet état d’esprit-là que vous n’avez plus des comptes
à rendre à la population, mais à ceux qui vous ont aidé à monter
ce coup d’Etat. Le temps que vous passez en tant que dictateur,
vous ne le passez pas pour résoudre les problèmes du peuple,
mais pour se maintenir dans ce fauteuil que vous avez
frauduleusement pris. Moi, je suis un démocrate. Pourquoi ?
D’abord j’ai donné ma vie pour ce pays. Je pouvais très bien
aussi resté dans les affaires. J’ai négocié avec feu Laurent
Désiré Kabila, l’ancien Président, les Accords de Lusaka, en
juillet 1999, pour instaurer un nouvel ordre politique. L’esprit
de ce nouvel ordre politique était la démocratie. Voilà ce que
nous avons signé. Je n’ai pas négocié pour qu’on partage
une dictature ensemble. Sinon le Dialogue intercongolais,
Sun-City, la société civile et l’opposition non armée qui y ont
participé n’étaient pas nécessaires. Je me suis battu pour ce
nouvel ordre. J’ai même risqué ma vie à cinq reprises pour ça.
Je devais mourir. Je suis vivant par miracle, grâce à Dieu. Ceux
qui me connaissent le savent. Je n’ai pas risqué ma vie pour
mettre en place une dictature. Je suis démocrate parce que j’ai
l’esprit démocrate. Je tolère la contradiction et ne harcèle pas
ceux qui me contredisent. Même dans mes propres chaînes de radio
et de télévision, on me critique. Ça ne me dérange pas. C’est le
rôle même d’un homme politique d’être critiqué. Parfois, ça
déborde, mais il faut supporter. Si on n’accepte pas d’être
critiqué, il ne faut pas non plus faire de la politique. Je suis
pour le pluralisme politique, c’est-à-dire que les hommes et les
femmes qui se disent politiques se regroupent et émettent des
idées. Je suis pour ce type de société.
Je suis pour l’alternance au pouvoir par la volonté du peuple.
C’est pour ça qu’il est important de garantir la liberté
d’opinion et d’_expression. Nous voulons que le peuple fasse un
choix équitable, transparent. Laissons le peuple juger. Ne
muselons pas la presse. Ne fermons pas les chaînes de télévision
ni de radio ni des journaux. Il y a des moyens, par la loi, de
sanctionner les contrevenants. Laissons-le s’exprimer. Laissons
le peuple juger. On ne peut pas tromper tout un peuple, à tout
moment. Il faut toujours agir dans le respect de l’autre et de
l’ordre. Je continuerai à défendre les valeurs démocratiques. Et
je pense que c’est par ce système que les énergies pourront se
développer dans ce pays. Dans un environnement apaisé. Et je
n’ai pas peur de la contradiction parce que j’ai des arguments.
Un dictateur n’en a pas et sa réponse c’est la force. Ce que moi
je refuse et je suis prêt à tout débat dans une démocratie.
Presse
: Comment vous entendez gérer la diplomatie ?
J.P.B
:
La diplomatie de notre pays doit être totalement refaite,
c’est-à-dire qu’aujourd’hui notre pays est quasiment inexistant
sur la scène internationale, malgré que nous ayons remis de
moyens à nos ambassades. Les salaires des diplomates sont
régulièrement payés. Les missions diplomatiques sont payées. Ce
qui manque au niveau de la diplomatie, c’est une vision claire.
Le Congo sera ce que le Congo veut. Le Congo a un rôle à jouer
tant en Afrique que dans le monde. Je sais que la communauté
internationale attend aussi du Congo quelque chose dans ce sens.
Ça passera par la définition d’une politique claire et, bien
sûr, par le choix des diplomates capables d’appliquer cette
politique. Notre pays est affilié à trop d’organisations
internationales. Il faut revoir les choses sur ce chapitre. Il
faudra d’abord les sélectionner et voir, aujourd’hui par rapport
à hier, quelles sont les plus prioritaires et où est-ce que nous
devons donner notre voix, notre vision pour participer à
l’évolution de ce monde. Nous sommes quasiment absents. Il
faudra que nous rétablissions certains équilibres. Je crois que
le Congo a un rôle à jouer, mais il faut d’abord commencer par
nettoyer la maison et, ensuite, rétablir les relations de bon
voisinage avec tous les voisins, faire entendre notre voix au
niveau de l’Afrique tout entière, avant de rayonner dans le
monde. Ce n’est pas une simple décision. C’est une action qu’il
faut mettre en œuvre et qui donnera des résultats dans un délai
raisonnable.
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Avec
Dieu, nous vaincrons !
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