Mes chers compatriotes, Mesdames et Messieurs, Distingués
invités, La proclamation des résultats des élections tenues le
30 juillet 2006 a été un moment historique pour notre pays.
Une première depuis plus de 40 ans !
L’événement aurait pu être une grande fête, pour son
engagement qu’il sonnait comme l’aboutissement de plusieurs
luttes en faveur de la liberté de notre peuple. Et, Dieu
combien ce peuple en a payé un lourd tribut!
C’était le moment où la Nation pouvait rendre un hommage
mérité à nos nombreux martyrs pour la liberté et la démocratie
dans notre pays.
L’occasion était donnée à la classe politique entière de
remercier la population ainsi que la Communauté internationale
pour l’accompagnement et l’aide substantielle de ce processus.
Hélas! C’était sans compter avec certains réflexes, qui ont
brutalement jeté le pays sur les chemins incertains de la
violence irresponsable. Violence que nous n’avons cessé, et
que nous continuerons de désapprouver, parce qu’elle jette un
discrédit total sur notre pays, son peuple et ses dirigeants.
Ce qui aurait dû être une fête a été ainsi transformée, par
les caprices des uns, en deuil pour la patrie.
La sagesse et le sens de l’Etat auraient pu épargner à la
Nation ce lot de désolations supplémentaires, qui a piégé nos
concitoyens dans leur conviction légitime de s’être engagés
dans un Etat de droit démocratique.
Comme vous le savez tous, nul n’est besoin de se livrer à une
comptabilité macabre, pour se rendre à l’évidence de la
tragédie que traverse notre pays aujourd’hui.
La violence a inutilement encore frappé le long du processus
électoral et, le cœur du pays s’est mis encore à battre au
rythme de l’instabilité, voulue et entretenue par certains
acteurs politiques. Nous avons vu tomber les manifestants de
Bundu dia Kongo, des journalistes assassinés, des hommes
politiques enlevés, séquestrés et menacés ouvertement. Comble
de tout, nous avons été menacés dans notre intégrité physique,
au grand jour, aux yeux et au su de tous;
C’est pourquoi, avant toutes choses, j’aimerais vous inviter à
observer une minute de silence pour toutes les victimes de
l’intolérance.
Mes chers compatriotes,
Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle,
publiés par la CEI en date du 20 août 2006, nous ont placé
dans la compétition du deuxième tour de ce scrutin, convoqué
pour le 29 octobre prochain.
Malgré ce résultat, nous ne pouvons nous résigner et nous
taire sur les nombreuses irrégularités et fraudes, qui ont
entaché le processus et que nous ne voulons plus voir se
reproduire au second tour.
Les agressions, dont nous avons été victimes du 20 au 22 août,
nous ont empêché de remercier, conformément aux us et coutumes
démocratiques, la population congolaise pour sa mobilisation
ainsi que ceux des électeurs, qui nous ont fait confiance le
30 juillet.
Mieux vaut tard que jamais, et donner tard ce n’est pas
refuser. Je tiens à exprimer ici, de vive voix, pour la
première fois, mes vifs remerciements à toute la population
congolaise pour la mobilisation manifestée.
Je reste convaincu qu’il n’aurait pas été possible d’obtenir
le second tour de l’élection présidentielle, n’eurent été la
mobilisation de la population, la vigilance des partis
politiques, de la société civile, des Eglises ainsi que le
refus de la compromission.
En conquérant, de haute lutte le deuxième tour de l’élection
présidentielle, le peuple a préservé l’essentiel, en se
donnant l’opportunité de trancher, une fois pour toutes,
prenant date cette fois-ci d’être plus vigilant contre les
fraudes massives et les irrégularités.
Par cette victoire, notre peuple a démontré à la face du monde
qu’il était mûr, pour pouvoir opérer en toute liberté, en
dépit des interférences et intimidations de tous ordres, des
choix majeurs pour son devenir.
Si nous avons été capables de vaincre la peur, de ne pas céder
à la provocation, de résister et de dire non à la force brute,
nous sommes aussi en mesure de déjouer le destin que certains
voudraient nous imposer.
Soyons maîtres de notre devenir; faisons-en une destinée
voulue, dépassant ce destin auquel on voudrait nous
contraindre.
Pour y parvenir, il nous revient toute la responsabilité
d’opérer le choix judicieux, compatible avec l’intérêt
supérieur de la patrie.
Mes chers compatriotes,
Tout l’enjeu de ce processus électoral se joue à l’occasion de
ce deuxième tour de l’élection présidentielle. L’avenir
politique, économique et social de notre pays en dépend.
Il s’agit notamment de :
1. marquer la volonté de rupture avec les antivaleurs
dénoncées depuis des décennies et, qui ont malheureusement
resurgi lors de ce processus;
2. rassembler la Nation congolaise autour des valeurs de paix,
de justice sociale, de cohésion nationale et de concorde
intérieure, pour la reconquête et la défense de notre
souveraineté nationale, tout en promouvant le bon voisinage;
3. consolider l’unité nationale autour d’un projet politique
qui libère réellement le congolais, le plaçant au devant de
ses responsabilités et restaurant la dignité de notre peuple;
4. donner un contenu au changement, en vue de provoquer le
ralliement de toutes les forces sociales et politiques, à
travers un gouvernement d’Union nationale, en mettant en œuvre
par un dialogue sincère et franc, un programme qui réponde aux
aspirations de la majorité du peuple congolais.
Mes chers compatriotes,
Nous avons la possibilité de créer, par la coalition des
intelligences, la magie de la Nation congolaise pour être au
rendez-vous de la mise en place d’un Etat de droit
démocratique.
Un Etat qui protège et un Etat qui rassure. Un Etat fort, de
par son autorité, exercée dans le respect des formes
prescrites par la loi où règnent la paix publique, la sécurité
publique et une justice indépendante, garante de l’exercice de
nos libertés.
Un Etat doté d’une armée et d’une police au service de la
République et non des intérêts partisans. Un Etat fort au
service de la force de la loi, capable de renforcer l’autorité
de l’Etat à travers la force des Institutions et non pas
accroître la force des individus au sein des Institutions
faibles.
Mes chers compatriotes,
En somme, le défi qui nous est lancé aujourd’hui, à l’occasion
de ce second tour de l’élection présidentielle, est celui de
savoir si les dirigeants congolais sont capables de redonner
la dignité au peuple congolais, par un projet mobilisateur et
rassembleur contre l’exclusion de toute sorte.
La coalition des forces politiques et sociales que nous
mettons en place ce jour répond à cette aspiration profonde du
peuple congolais d’aller à la reconquête de son pays et de
laver l’humiliation qui lui est infligée.
L’Union pour la Nation constitue notre instrument commun de la
matérialisation de ce rassemblement, en vue de cette
reconquête de notre pays.
L’Union pour la Nation se veut d’abord être un espace
politique d’ouverture sur l’ensemble de notre pays. Elle est,
de ce fait, l’affirmation responsable de notre identité en
tant que peuple libre et uni, refusant les germes de la
division.
Les divisions factices Est-Ouest, Centre-Sud-Nord, ne sont pas
congolaises. Nous disons que le Congo est UN et restera UN et
Indivisible. Nous avons forgé notre unité par le martyr de
l’indépendance et de la démocratisation. Nous ne nous
laisserons pas emporter par ceux qui ne rêvent que de nous
diviser pour mieux régner sur nous.
L’Union pour la Nation n’est pas un instrument de vanité à la
quête du pouvoir pour le pouvoir. Comme il est énoncé dans sa
Déclaration constitutive, elle est construite sur des
engagements réciproques de servir la patrie à travers la
défense de ses intérêts vitaux.
L’Union pour la Nation est ainsi au service d’une vision
fondée sur la transformation de notre pays vers une société où
fonctionne un Etat de droit et où règnent à la fois la justice
sociale et une économie prospère. Une société congolaise où
nos concitoyens retrouvent les motifs d’espérer à travers une
bonne gouvernance du pays dans tous les domaines.
Mesdames, Messieurs,
Laissez-moi vous dire que j’ai personnellement sillonné ce
grand Congo de part en part. Dans toutes les provinces, et il
n’y a aucune facette de ce pays qui me soit étrangère. J’en
éprouve une seule passion : voir le Congo reprendre sa place
dans la région et dans le monde, au service du bien être de
nos populations.
Je ne peux douter de ce que le peuple congolais, tel que je le
connais, ne manquera de déceler dans l’Union pour la Nation,
cette coalition des forces morales, politiques et sociales,
des dignes filles et fils du pays, capables de le servir avec
compétence dans l’équité, la justice et le bien être de tous.
De ce point de vue, l’Union pour la Nation est l’alternative
du peuple congolais pour dire NON:
- Non à la poursuite de notre déchéance en tant que peuple;
- Non à l’appauvrissement moral et matériel de notre pays;
- Non à la régression démocratique vers une société où règne
un leadership faible et despotique.
Mais l’Union pour la Nation c’est aussi, et heureusement,
.l’alternative du peuple congolais pour dire OUI:
- Oui au redressement moral et matériel de notre pays, dans
une société fondée sur la crainte de Dieu et l’amour du
prochain;
- Oui à une société déterminée à reconquérir sa souveraineté
et sa dignité;
-Oui à une société plus juste et solidaire où le dialogue par
la force des idées prime sur la force brute, et où, au
demeurant, la force de la loi s’impose à tous.
Mes chers compatriotes,
Le 29 octobre, nos compatriotes vont se rendre à ce grand
rendez-vous avec l’Histoire. Si nous nous donnons les moyens
de reconquête de notre propre souveraineté, à travers
l’alternative de l’Union pour la Nation, nous choisirons
d’écrire cette page de notre histoire avec un «H» majuscule.
A présent, la Nation vous regarde !
Et l’histoire, ce juge incorruptible, qui fait son œuvre avec
le temps, interrogera un jour, chacun d’entre les congolais,
sur ses responsabilités lorsqu’il avait été confronté à ce
défi devant l’urne.
Ne soyons pas de ceux qui diront dans quelques années: si je
savais. Puisque nous le savons désormais, prenons nos
responsabilités!
Peuple congolais, levez-vous!
Faisons ensemble le choix à cette occasion d’une nouvelle
gouvernance et d’un leadership, à la hauteur des ambitions du
Congo:
-un leadership capable de rassembler la Nation, plutôt que de
la diviser;
- un leadership capable de dialoguer avec la participation de
tous, plutôt que l’exercice solitaire et autoritaire du
pouvoir;
- un leadership capable d’assurer une correcte et active
représentation du Congo dans le concert des Nations libres,
plutôt que la réduction du Congo à une présence protocolaire,
presque confidentielle.
Mes chers compatriotes,
Plus de 7 millions d’électeurs inscrits ne se sont pas rendus
aux urnes le 30 juillet 2006. Ils ont, sans nul doute, des
raisons légitimes pour lesquelles ils se sont abstenus de
participer au premier tour.
Aujourd’hui que la vigilance de tous a déjoué les plans de
ceux qui voulaient, à tout prix, escamoter le deuxième tour,
plus rien ne devrait justifier l’abstention. C’est donc un
devoir civique: une exigence de notre citoyenneté que d’aller
voter massivement. Face aux grands dangers, démontrons la
grandeur de notre peuple, en taisant nos différences pour
sauver le CONGO.
Saisissons-nous de cette occasion pour exprimer
démocratiquement notre volonté de Changement radical !
C’est pourquoi, je voudrais ici, le plus solennellement,
demander à nos compatriotes qui n’ont pu voter au premier
tour, par abstention, de se mobiliser massivement, cette fois
ci, pour exprimer leurs attentes d’alternance.
Nous avons compris leur message, et nous en tiendrons compte!
En se joignant aux électeurs du premier tour, les
abstentionnistes sont à même de contribuer de façon
déterminante à la réussite du camp de l’Union pour la Nation.
Ce pourquoi vous vous êtes abstenus a été démonté; prenez
maintenant le courage d’assurer la victoire de votre camp,
celui des nationalistes, désireux de réinstaurer le dialogue
et la concertation avec tout le monde.
Je vous prie, chers frères et sœurs, de saisir cette
opportunité du 2ème tour, qui nous offre la possibilité de
nous réapproprier définitivement le processus électoral, et de
relancer la machine du dialogue politique et de la décision,
par la recherche du consensus entre les principales forces
politiques et sociales du pays, au travers d’un Gouvernement
d’Union nationale.
L’ambition de l’Union pour la Nation est de sceller une
véritable réconciliation nationale par un Gouvernement d’Union
rassemblant, y compris, les forces politiques qui n’ont pas
participé ni à la Transition, ni au processus électoral, et
ceux contre qui il a été dressé des obstacles pour participer
au processus électoral.
J’en appelle donc au sens élevé de patriotisme et de
détermination du peuple congolais pour vaincre cette étape de
la lutte.
Nous avons été capable de surprendre en imposant le deuxième
tour, déjouant tous les calculs bien pensés. Nous sommes
encore en mesure d’en remontrer à la face du monde, de nos
enfants et de l’histoire, que nous sommes toujours capables de
décider de ce que nous voulons pour le Congo.
Mesdames, Messieurs,
Je remercie ceux qui ont refusé de cautionner un «hold-up» au
premier tour, en allant voter pour une alternance.
Je les appelle à demeurer constants dans cette voie, qui se
cristallise autour de notre candidature au deuxième tour,
contre l’immobilisme et la conservation d’un système que vous
avez en majorité largement rejeté au premier tour.
Ce, d’autant plus, qu’à quelque chose malheur est bon, les
événements du 20 au 23 août ont démontré à ceux qui en
doutaient encore, le chemin qu’il ne faut surtout pas
emprunter.
Les raisons pour lesquelles, vous avez refusé de donner votre
voix au hold-up du premier tour, demeurent valables et tenez
bon au second tour.
Mesdames, Messieurs
Le deuxième tour n’est ni la réplique ni la continuité du
premier!
C’est un nouveau round pour le peuple congolais de se
ressaisir et repartir du bon pied.
En réalité, nonobstant la fraude, plus de 70% de nos
compatriotes n’ont pas voulu continuer l’expérience amorcée
depuis 1997 et réactivée en 2001.
Le temps de la guerre, des intimidations, des mensonges, de la
manipulation, de la diabolisation, de la corruption et des
achats des consciences est définitivement révolu.
N’y cédez point! Votre avenir en dépend!
Nous porterons le message de l’Union pour la Nation auprès de
nos compatriotes, qui ne nous ont pas compris au premier tour,
au prix de la manipulation et du conditionnement par des
moyens d’Etat.
Nous le ferons pour que vous affirmiez démocratiquement ce que
vous voulez pour votre pays! De la sorte, vous aurez honoré la
mémoire de ceux qui nous l’ont légué: ces pionniers de
l’indépendance, qui ont été jusqu’au sacrifice suprême pour
que vive la République, pour que vive le Congo.
Avec l’aide de Dieu, reprenons le bâton de pèlerins, pour
entreprendre définitivement avec courage et détermination, la
marche de notre libération.
Et si nous sommes réunis ici, au-delà de notre diversité,
c’est pour donner corps à l’idée que les congolais sont
capables du bien, en transcendant les divisions stériles et en
effectuant un sursaut de dignité, pour redonner au pays son
vrai visage, dans le respect de sa vocation africaine.
Et puisqu’il s’agit d’un sursaut de dignité, ce n’est pas une
question du candidat Jean-Pierre Bemba seul, mais plutôt une
exigence morale de chaque congolais de laver l’affront de
l’humiliation par la reprise en mains de notre destin
national.
Je manquerais à un devoir, si je terminais mon propos, sans
remercier toutes ces personnalités de la République qui ont
accepté de nous soutenir au second tour.
Je voudrais vous dire à tous, et chacun d’entre vous,
infiniment merci pour le patriotisme, dont vous avez
courageusement fait montre.
J’en appelle au sens patriotique d’autres avec lesquels nous
poursuivons les discussions de se joindre à nous pour
triompher de ce défi que nous lance l’Histoire.
Que vive la République démocratique du Congo Que vive l’Union
pour la Nation! Que Dieu bénisse le CONGO! Avec Dieu, nous
vaincrons!
Je vous remercie.